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19 février 2004

Contribution du Sgen-CFDT au débat sur l’avenir de l’École

Si l’École joue un rôle tout à fait déterminant dans la « préparation » des citoyens, des travailleurs de la société de demain -les enjeux scolaires sont des enjeux sociaux-, elle est aussi interpellée dans son fonctionnement, voire dans son sens pour un certain nombre de jeunes, par des réalités sociales qui influent sur son organisation et sa capacité à atteindre les objectifs fixés. L’École n’est pas un sanctuaire et son action est rendue souvent plus difficile par l’existence de réalités sociales et culturelles sur lesquelles il y a nécessité de peser par une politique économique, sociale, culturelle, de la Ville...

S’il est banal aujourd’hui de mettre en évidence la discordance entre les messages entendus par les jeunes entre différents lieux et différentes voix, et le décalage entre les valeurs que l’École a mission de transmettre et le fait qu’hors l’École le modèle dominant invite les jeunes à vivre sur le mode de l’individualisme, de la compétition, de l’illusion..., d’autres phénomènes ont un poids très important et constituent des obstacles forts à la démocratisation de l’École. Il en va ainsi de la persistance d’inégalités sociales majeures, de l’accroissement de la pauvreté et des phénomènes d’exclusion, il en va ainsi de la ségrégation urbaine, de l’existence de ghettos sociaux voire ethniques qui ont suscité l’émergence et l’installation durable de disparités, d’inégalités entre les établissements scolaires, certains concentrant de manière sensible des difficultés tant en termes de socialisation des jeunes qu’en termes de réussite dans l’accès aux savoirs. La relation entre le sentiment d’être exclu et la violence « scolaire » est réelle et n’est pas suffisamment prise en compte dans les politiques de lutte contre la violence à l’École qui se limitent trop souvent à des plans ciblant les effets, quand ils ne versent pas dans le tout répressif-sécuritaire.

Ainsi l’enquête de victimisation rendue au ministère le 29 janvier par Eric Debarbieux fait-elle apparaître que, si l’on en croit Le Monde du 31.01.2004, « qu’on le veuille ou non, la sociologie de la violence à l’École reste une sociologie de l’exclusion sociale » ... « ce n’est certainement pas une présence policière accrue qui règlera tout » ... « le travail en équipe est la meilleure protection possible ».

L’École est de plus en plus une « plaque sensible  » des problèmes de la société qu’elle ne peut évidemment régler seule. Cela ne signifie pas qu’elle ne doit pas assumer ses responsabilités ; cela signifie que les actions menées dans l’École doivent trouver à s’inscrire dans des problématiques plus larges, concernant le champ politique dans son ensemble.
Ainsi l’École doit poursuivre l’objectif de mixité sociale dans l’organisation interne des établissements (classes hétérogènes et moyens de gérer cette hétérogénéité) mais cet objectif doit aussi être porté pour ce qui est de la sectorisation des établissements (responsabilité qui devrait être transférée aux conseils généraux), et l’on sait par ailleurs que le respect de la sectorisation ne permet pas, seul, d’échapper à la ghettoïsation de certains établissements. Le Sgen-CFDT est demandeur de la relance d’une véritable politique d’éducation prioritaire, à articuler avec une politique de la Ville ambitieuse, redéfinie dans un projet d’ensemble de lutte pour la réussite scolaire, contre les exclusions et pour l’égalité des droits. La politique d’éducation prioritaire est actuellement en déshérence, et constamment affaiblie par les conséquences de la politique budgétaire aujourd’hui développée : fermeture de classes, disparition de postes d’animateurs Zep et autres ressources « hors la classe », baisse de la scolarisation des 2 ans, etc.

L’École se doit de lutter contre la violence et de mobiliser les équipes éducatives autour de projets collectifs éducatifs visant à obtenir le respect des règles de la loi scolaire, le respect de l’autre, adulte ou jeune, garçon ou/et fille (le Sgen-CFDT est très attaché à la mixité même si elle ne va pas toujours de soi et qu’il faut la « travailler »), dans l’apprentissage du vivre ensemble, dans l’apprentissage de la citoyenneté : cela signifie aussi qu’on ne peut pas retirer des personnels de surveillance ou d’éducation (aide-éducateurs mais aussi CPE, assistantes sociales) aux écoles et établissements, y compris dans la perspective, insupportable pour des éducateurs, de les « remplacer » par des officiers de police. Là encore, l’action de l’École n’exclut pas, bien au contraire, la nécessité de renforcer les projets éducatifs en partenariat -et il s’en mène beaucoup y compris avec la Justice et la Police- et les moyens d’agir dans la société contre les causes de cette violence : lutter contre la violence à l’École, c’est aussi et peut-être lutter contre l’échec scolaire et l’exclusion.



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