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21 mai 2008

Tel était le titre de la conférence Caude Hagège prononcée à l’occasion de l’inauguration du site « la Clé des langues » (Lire l’article ), le 7 mai 2008, à l’Ecole Normale Supérieure de Lyon : en voici quelques aspects.

Claude Hagège a tout d’abord rappelé que l’aptitude au langage définit l’humain et il a mis en avant trois fonctions et trois propriétés des langues, s’appuyant sur le « verlan » des cités :

-  une fonction identitaire : une communauté en révolte qui s’identifie comme locuteur de cette langue.
-  une fonction communicative : une langue à usage privatif pour un cercle restreint, langue secrète, anticommunicative » pour les autres.
-  une fonction ludique : elle est objet de jeu. Les enfants, comme d’instinct, en jouent partageant avec le poète un pouvoir créatif.

La langue s’utilise en deçà et au-delà de la communication. Elle est aussi un code avec des propriétés :

-  morphosyntaxiques que codifie la grammaire
-  « sémanto-référentielle » : porteuse de sens, d’un contenu sémantique
-  énonciatives : elle établit une relation dialogale interpersonnelle et use d’une rhétorique et d’une stratégie énonciative.

Des contraintes définissent la grammaire. La morphologie étudie les variations de la face signifiante des signes, par composition ou dérivation. Ainsi, par exemple, l’hébreu et l’arabe sont riches en dérivés, mais jusqu’à présent pauvres en composés. En Extrême orient, il n’y a pas de variation morphologique.

Les gestes articulatoires

L’ensemble des articulations sont des « gestes culturels » que l’on peut plus ou moins bien dominer et contrôler : il faut les enseigner, comme le r « roulé de l’espagnol ou de l’italien, ne pas s’effaroucher du « th » la langue entre les dents. de l’anglais. Le Français est culturellement mal préparé à l’apprentissage des langues étrangères car il ne connaît pas l’accent de mot, seulement l’accent de phrase : « Il sort de l’hôpital comme un vieillard en sort »versus « il sort de l’hôpital comme un vieil hareng saur ». Il lui faut donc apprendre à localiser correctement l’accentuation et à articuler des consonnes et des voyelles qui n’existent pas en français. Ce que le conférencier illustre en prononçant un verset du Coran où s entend particulièrement bien le son post vélaire guttural spécifique de l’arabe. Pour souligner la difficulté rare de la langue anglaise, il donne le mot « desultory » dont l’accent tonique porte sur la première syllabe.
Aimer les langues, c’est en épouser les gestes articulatoires.

Apprendre les langues

Pour apprendre une langue, il faut passer par l’apprentissage de phrases plus que de listes de mots et la rectitude syntaxique est insuffisante. On doit avoir la capacité de retenir les « formulations reçues » que connaissent les autochtones, pour choisir les formulations paraphrastiques reconnues par l’usage. Ainsi, si en France on « reprend tout à zéro », en Russie, on « danse à partir du poêle » et quelqu’un dont on dit en France qu’il a « une araignée au plafond » aura ailleurs « une petit singe dans le grenier ».
Il faut aussi avoir la connaissance des changements de registre de langue.

La difficulté d’une langue

Pour Claude Hagège, les langues « difficiles » sont celles que les usagers natifs apprennent à dominer plus tard que dans d’autres pays. Il estime que le géorgien (Caucase) est une langue fort difficile, de même que le swahili, le peul, le chinois. Pour le degré d’idiomatisme, l’anglais est un sommet de difficulté. Et l’on doit se garder d’une obstination européanocentriste dans le choix des verbes essentiels ( ainsi le verbe « apporter » n’existe pas en arabe).
On pourrait aussi davantage exploiter cette « compétence passive » qui est celle de comprendre ce qui est dit dans des langues génétiquement proches de la sienne.

Un pas vers l’intercompréhension ?



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