Tu es directeur de l’Ifrée, un institut qui forme des enseignants à l’éducation à l’environnement. Comment perçois-tu l’évolution de cette notion dans l’Éducation
nationale ?
L’institut de formation et de recherche en éducation à l’environnement a effectivement
comme axe de travail dans l’ensemble de ses missions
de contribuer à la formation
des enseignants en partenariat avec le rectorat de Poitiers et l’IUFM de Poitou-Charentes.
Conformément à ce qui est indiqué dans les différentes
circulaires parues notamment en 2004 et en 2007, nous constatons une demande de formation qui est mise en perspective des questions de développement
durable et de leurs traitement dans l’éducation. Il s’agit là pour nous d’une attention particulière que nous devons avoir dans la façon où nous concevons et animons nos formations.
Acteurs de l’éducation à l’environnement, nous proposons
donc des stages de formation qui, à partir d’une entrée environnementale, permettent également de traiter de la question du développement
durable.
Nous apportons une sorte d’éclairage au regard du développement
durable pour les questions d’environnement.
Nous y associons la pédagogie
qui va avec dans une stratégie
d’échange et de croisement de points de vue avec différents acteurs. La quasi-totalité de nos actions de formation
se font avec des publics « mixtes
», enseignants mais également éducateurs ou animateurs
issus du monde associatif ou des collectivités
territoriales.
Comment est né le CFÉEDD, quel est son rôle ?
Le collectif français pour l’éducation à l’environnement vers un développement durable
est né en 1997 à la suite du premier forum international
francophone Planèt’ERE (Éducation Relative à l’Environnement)
qui s’est tenu à Montréal cette même année, organisé notamment par la CEQ (Central de l’Enseignement
du Québec).
Nous étions environ 70 français,
représentants d’organisations
associatives, syndicales
ou de collectivités et d’administrations de l’État, à participer à ce forum et nous nous sommes vite rendus compte que nous nous connaissions à peine et que surtout, si nous voulions
avancer en France sur la question de l’éducation à l’environnement pour tous, nous aurions tout intérêt à nous organiser le plus vite possible.
Le CFÉEDD est donc né de l’idée de rassembler le plus largement possible les acteurs
nationaux de l’éducation
à l’environnement pour contribuer à la construction d’une dynamique nationale et faire reconnaître toute l’importance
de cette éducation par les institutions.
Le CFÉEDD représente aujourd’hui une quarantaine d’associations, mouvements et syndicats qui travaillent ensemble dans cet objectif.
Nous avons d’ailleurs produit très récemment dans le cadre
des événements électoraux
récents et pour ceux à venir l’année prochaine, un document à destination des candidats qui fait état de 10 propositions en faveur de l’éducation à l’environnement pour un avenir solidaire, équitable
et responsable
Tu représentes le CFÉEDD au comité français de la décennie
de l’Onu pour l’éducation
au développement durable. La dimension internationale
est importante ?
La dimension internationale
est pour nous en quelque
sorte fondatrice du CFÉEDD, nous y sommes donc particulièrement sensibles
sans oublier que nous avons encore beaucoup de choses à faire chez nous.
Au sein du comité français pour la décennie de l’Onu pour l’éducation au développement
durable (on ne sait toujours pas trop si ce n’est pas plutôt « en vue du développement
durable »), la dimension
territoriale à toute les échelles du territoire est importante.
Toutefois, il faut bien reconnaître
que cette décennie qui se terminera en 2014 en est encore à ses débuts et que nous traitons d’abord des questions nationales même si nous sommes très attentifs à rechercher les niveaux
de cohérence nécessaire
avec les dynamiques dans les autres pays surtout au niveau européen.
Mais il est indéniable que nous ne pouvons pas parler d’éducation à l’environnement
si nous ne nous penchons
pas activement sur la dimension internationale que ce soit vers l’Est, la Chine et l’Inde et les pays du Sud. La question de la solidarité dans le temps et surtout dans l’espace telle qu’elle se pose dans le développement
durable est incontournable.
Tu représentes également le CFÉEDD au conseil national
du développement durable (CNDD). Comment l’éducation est-elle prise en compte ?
Ce conseil représentatif, dans sa composition, d’une certaine
forme de la société civile a pour mission d’accompagner
le gouvernement dans la mise en oeuvre de sa politique
de développement durable
en rendant des avis à partir de saisines émanant du Premier ministre ou des différents
ministères qui se trouvent
confrontés à la difficile question du développement durable dans leurs projets.
La question de l’éducation, présentée souvent à travers les logiques d’information, de sensibilisation ou de formation,
est récurrente dans nos échanges.
Au-delà de la position du ministère de l’Éducation nationale
et de ce qu’il fait ou pourrait faire, nous nous appliquons
à rappeler que cette éducation à l’environnement concerne tous les acteurs de la société tout au long de la vie que ce soit dans l’entreprise
ou dans la vie quotidienne sociale ou familiale.
Sans tomber dans une dramaturgie
qui ne serait que contre productive et dangereuse sur le registre éducatif, nous savons bien qu’il est urgent de se donner
les moyens d’agir à la hauteur
des enjeux qui concernent l’humanité dans son ensemble et de mettre en acte les intentions
et les déclarations.
L’idée de mieux être individuel
et collectif dans un monde qui garantit à toutes et tous la satisfaction de ses besoins fondamentaux dans le respect de tous les vivants dans le temps et dans l’espace
ne pourra se réaliser que par l’éducation.
Propos recueillis
par Guillaume Touzé