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Fédération des syndicats généraux de l'Éducation nationale
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7 février 2006

L’agression de la professeure du lycée Blériot à Étampes a mis en lumière les phénomènes de violence auxquels sont trop souvent exposés les enseignants. Il est nécessaire de repenser l’exercice du métier dans les établissements difficiles.

Nous sommes militants du Sgen-CFDT dans l’académie de Versailles et nous enseignons en lycée professionnel : revenons avec un peu de recul sur les événements malheureux d’Étampes du 16 décembre dernier. Tout d’abord, nous exprimons notre plus sincère soutien et tous nos vœux de bon rétablissement à notre collègue d’arts appliqués, Karen Montet-Toutain, mais aussi notre solidarité avec l’ensemble du personnel. L’agression subie par notre collègue, professeure au lycée Blériot, vient pour nous s’ajouter à une série de signaux d’alarmes envoyés par plusieurs adhérents enseignant dans notre académie.
Comme pour d’autres sujets très sensibles à l’Éducation nationale, la parole semble se libérer et l’affaire d’Etampes ne fait que souligner un peu plus des dysfonctionnements en les rendant publics. On connaît l’impérieuse nécessité de libérer la parole de nos élèves : « La violence, moins on en parle et plus ça fait mal ». Le moment est venu pour les enseignants qui ont le sentiment de ne pas pouvoir remplir leur mission, de rompre leur isolement et d’exiger une meilleure écoute de la part de leur hiérarchie.
Depuis l’automne, nous avons visité de nombreux collèges et lycées Zep et nous avons rencontré des enseignants qui se sentent isolés et qui n’ont pas vraiment confiance dans leur hiérarchie, pensant qu’elle ne sait ni écouter ni répondre à leurs demandes.

Quelle politique de prévention ?

La politique de prévention violence doit être connue de tous et elle implique un dialogue : il faut écouter les signaux émis par les salariés qui s’adressent à leur hiérarchie comme aux organisations syndicales. Il ne s’agit pas de dresser un tableau désastreux de l’académie de Versailles mais nous estimons que la responsabilité de l’administration est particulièrement engagée dans les événements récents. Des dysfonctionnements dans le domaine de la gestion de la violence sont dommageables pour les personnels comme pour nos élèves.
Une cellule d’écoute, d’aide et d’intervention existe (C2A2E), elle peut intervenir très vite et permettre d’envisager une réponse adaptée. Mais le manque de réponse et l’isolement des collègues se font sentir davantage au quotidien. La priorité absolue est la poursuite des cours et la présence des enseignants devant leurs élèves. Cet objectif louable ne fait pas une politique d’établissement et se révèle insuffisant à de nombreuses occasions que nous avons signalées.

Propositions du Sgen-CFDT

Le Sgen-CFDT qui se déplace pour rencontrer ses adhérents met en avant la nécessité de travailler en équipe, le besoin d’espaces de parole et de contractualiser avec les élèves, la priorité absolue de cohésion de la vie scolaire et de l’équipe de direction avec les équipes pédagogiques. Mais aussi le besoin d’accompagnement des collègues à l’entrée dans le métier et le besoin de formation continue. Nous proposons l’utilisation systématique de l’heure mensuelle d’information comme lieu d’échange, de soutien et de propositions. Dans un autre lycée professionnel, aux Mureaux, lorsque la coupe est pleine et selon la réponse de l’administration, soit nous obtenons l’autorisation de nous réunir, soit nous débrayons.
C’est l’exercice du métier dans des conditions difficiles qui doit être repensé ! La mobilisation syndicale doit faire avancer ce dossier !


Témoignages

Enseigner dans un établissement difficile

« En novembre, un élève de 4e passe en conseil de discipline pour absentéisme notoire et refus total de travail. À la fin du conseil, son père, ivre, injurie tout le monde et renverse tables et chaises. L’élève exclu vient rapporter ses livres quelques jours plus tard, il fait irruption dans un cours et saccage du mobilier ! En décembre, deux élèves sont invités à faire des travaux d’intérêt général un mercredi après-midi, suite à leurs multiples retards. Ils en profitent pour vandaliser la salle de la classe d’UPI (unité pédagogique d’intégration). La récente réunion parents-profs des 4e a été l’objet de quatre incidents violents (verbalement ou physiquement) entre des parents d’élèves. On continue pourtant à y croire, vaille que vaille ! »

« J’ai envie de féliciter l’enseignante d’Étampes d’avoir porté plainte contre l’Éducation nationale qui n’a aucune considération pour son personnel. Il y a deux ans, j’ai été agressée dans la cour du collège. J’ai écrit à l’inspection d’académie pour lui exposer les faits. Je n’ai eu aucune réponse de sa part, aucune proposition d’aide psychologique, ni de prise en charge de la psychothérapie que je suis depuis. Rien, le néant. J’ai, par contre, eu un soutien formidable de tous les collègues, de nombreux parents et de beaucoup d’enfants. C’est pour eux tous que je continue ce métier, que j’aime. Il est bon de découvrir qu’on n’est pas seul sur le même chemin et qu’on a des raisons de le suivre... »

« Pour certains collègues, enseigner en établissement difficile, c’est aller travailler avec la peur au ventre, angoissés de se retrouver face à une classe incontrôlable. Vous dites pessimisme ? C’est pourtant la triste réalité vécue chaque jour par des enseignants qui sont affectés en établissements classés ZEP, PEP 4 et autre APV... Dans mon établissement, les incivilités, agressions, menaces, insultes, intrusions sont des actes récurrents. Les chefs d’établissement minimisent ces faits : il ne faut pas « faire de vague » ! La règle est d’éviter le conseil de discipline et de demander une lettre de démission aux élèves incriminés, cela « fait plus propre » ! Des enseignants en difficulté ? L’administration peut aller jusqu’à mettre en doute leur autorité face aux élèves en cause ! »



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